Au cœur du 15e recueil d’Alain Bernard Marchand, son dialogue avec les autoportraits de Rembrandt s’ouvre sur la notion du temps qui passe.
Alain Bernard Marchand a « rencontré » Rembrandt en 1976. Par le biais de son 15e titre, l’Ottavien lui rend non seulement un vibrant hommage, mais réfléchit au passage du temps, et aux traces qu’il laisse. À l’acte de voir, de s’émouvoir devant un tableau par exemple, n’existant plus que par ce qu’il exclut : mon regard qui l’empêche de sombrer.
Il le fait avec finesse, scrutant et décrivant les nombreux autoportraits du peintre néerlandais pour entamer un dialogue avec son œuvre et son époque et, du même souffle, étoffer son rapport à l’art, incluant celui de vieillir dans le regard de l’autre, notamment. Et à ce qui subsiste, par-delà la mort.
Voir n’est jamais qu’une histoire. Que j’invente pendant que les siècles sont l’instant et l’éternité. »
Extrait de Les visages de Rembrandt d’Alain Bernard Marchand
Dans la première partie du recueil, sur les pages de gauche, Alain Bernard Marchand renvoie chronologiquement à un tableau précis de Rembrandt. Loin d’en faire une banale description, il cherche plutôt à en capter l’essence et témoigne de l’émotion ressentie à l’observer. Résultat, les gens qui iront voir sur Internet les tableaux auxquels le poète fait référence s’attarderont sûrement aussi à en toucher l’essentiel du regard.
Puis, en une phrase sur les pages de droite, Alain Bernard Marchand questionne ce qu’il observe, remet Rembrandt en contexte, mais, surtout, approfondit ce qui se tisse entre lui et cet artiste ayant vécu plus de 400 ans plus tôt. Ce que tu vois et que je ne vois pas est une énigme que seule l’imagination peut résoudre, écrit-il en s’adressant au peintre.
Les visages de Rembrandt relève autant de l’érudit que du ressenti. L’exercice était périlleux, car il aurait vite pu devenir élitiste ou paraître prétentieux. Or, quiconque ayant notamment senti le temps et son cœur s’arrêter devant une œuvre d’art (ou un album de photos d’un être cher disparu) trouvera son compte dans cette riche réflexion sur ce qui reste une fois de retour chez soi, en soi et face à soi, dans le regard qu’on porte sur la durée et ce qui dure.